Se lancer dans cette grande aventure qu’est l’enseignement de la musique est magique ! Plusieurs options s’offrent à vous mais sachez que, globalement, devenir professeur de piano est, dans notre contexte français ;), relativement simple administrativement.
Mais il faut avoir la fibre, l’envie de transmettre à des élèves aux personnalités et aux talents très variés, et beaucoup de la patience. Sachez également qu’il existe d’autres métiers immergés dans l’univers de la musique si l’enseignement n’est pas votre fort.
Mais ça vaut vraiment le coup, c’est un changement de vie radical et tellement épanouissant qu’aucun retour en arrière ne semble ensuite possible. Je vous livre ci-dessous mes 5 conseils pour envisager sereinement cette nouvelle activité et vous lancer dans les meilleures conditions.

1/ Préparer son projet
La première étape est de bien réfléchir à ce que vous voulez faire. Et aux conséquences que ces choix auront à court et moyen termes.
Salarié ou indépendant ?
Tout d’abord, posez-vous une question primordiale : à quoi aspirez-vous le plus ?
- Recherchez-vous une liberté d’activité et de décision absolue ? Aimez-vous l’inconnu, les défis ?
=> Le statut d’indépendant est fait pour vous ! - Préférez-vous une stabilité financière assurée dès le départ ? Vous n’aimez pas vraiment les surprises ?
=> Mieux vaut se tourner vers un emploi salarié dans un conservatoire, une école de musique ou tout autre établissement d’enseignement musical.
Pesez le POUR et le CONTRE des deux statuts
Chacun de ces statuts a ses avantages et ses inconvénients :
- Le professeur indépendant est libre de choisir ses horaires, ses vacances, ses tarifs, ses méthodes, ses élèves, sa manière d’enseigner le piano, etc. Mais il n’a pas de revenu fixe, quand il travaille, le chiffre d’affaires augmente. Quand il ne travaille pas, il ne gagne rien !
- Le professeur salarié reçoit chaque mois un salaire fixe, peu importe que ses élèves viennent effectivement en cours ou qu’ils annulent. Cela étant, il doit rendre des compte à sa hiérarchie et se plier aux règles et événements de l’établissement. De plus, le salaire n’est pas toujours suffisant pour vivre et il faut parfois cumuler plusieurs postes salariés dans différentes écoles de musique.
Autres éléments à prendre en compte
Vous devez également considérer d’autres points, parmi lesquels :
- En devenant salarié d’un conservatoire ou d’une école de musique
=> Les établissements que vous souhaitez intégrer demandent-ils nécessairement un diplôme ?
=> Le type d’enseignement prodigué correspond-il à vos valeurs, vos envies ?
=> Si vous quittez un emploi salarié « traditionnel » et que vous rêvez de changement de vie, êtes-vous prêt à retourner sous le commandement d’un supérieur ? - En vous mettant à votre compte
=> Allez-vous réussir à tenir votre comptabilité, à envoyer les factures, relancer les clients, réaliser les démarches et déclarations administratives ?
=> Vous sentez-vous le courage de créer un planning sur-mesure avec tous les aléas que cela comporte : clients mécontents de leurs créneaux de cours, personnes qui décommandent, demandes qui arrivent n’importe quand dans la semaine, etc.
=> Souhaitez-vous être itinérant ou recevoir les élèves chez vous ? En vous déplaçant au domicile des clients, ils bénéficieront d’une réduction d’impôts de 50 %. Vous intégrez leur quotidien et c’est souvent plus bénéfique pour l’enseignement. S’ils viennent chez vous, ils payent plein pot mais vous perdez moins de temps et pouvez mieux rentabiliser votre journée.
Préparez-vous sur les plans administratif et financier
Une fois que vous aurez décidé quelle solution est la meilleure pour vous, vous devrez vous préparer sur les plans administratif et financier :
L’aspect administratif
En devenant indépendant, vous devez :
- Créer une micro-entreprise (nouveau nom de l’auto-entreprise) auprès de l’URSSAF
- Demander un numéro de SIRET auprès du Centre de Formalités des Entreprises (CFE)
- Déclarer votre chiffre d’affaires à l’URSSAF tous les mois ou trimestre
- Déclarer tout changement de situation au CFE (déménagement…)
- Suivre votre comptabilité évidemment (fichier Excel pour ma part)
- Établir les factures, envoyer les relances (des logiciels gratuits existent, pas de panique ;))
- Déclarer votre chiffre d’affaires à la NOVA si vous souhaitez faire bénéficier vos clients d’une réduction d’impôts de 50 %
- Déclarer votre chiffre d’affaires aux impôts chaque année (case 5 HQ)
- Etc.
Bien sûr, la liste ci-dessus n’est pas exhaustive ni faite pour vous effrayer. Je ne regrette pour ma part absolument pas mon choix d’être micro-entrepreneure. La plupart des démarches mentionnées ci-dessus sont par ailleurs à effectuer une seule fois dans votre carrière donc ce n’est pas très compliqué. Et c’est le prix de la liberté professionnelle 🙂 ! Il faut simplement comprendre qu’il y a beaucoup de démarches et déclarations à faire en France et y être préparé.
Quant au professeur salarié, ses démarches administratives sont bien sûr limitées puisqu’il est salarié.
L’aspect financier
Que vous deveniez indépendant ou salarié :
- La stabilité sera certes plus longue à obtenir en tant qu’indépendant et il faut y être préparé. Mais en tant que salarié, un seul salaire peut ne pas suffire et il peut être compliqué de trouver plusieurs contrats intéressants sans s’épuiser.
- En tant qu’indépendant, vous paierez des charges à l’URSSAF sur votre chiffre d’affaires puis des impôts si vous êtes imposable.
- La première année, votre activité est partiellement exonérée de charges URSSAF (sauf changement de réglementation) donc lancez-vous vite dans l’activité pour mettre le plus possible d’argent de côté pendant ce laps de temps.
- Vous pouvez envisager d’avoir plusieurs cordes à votre arc : proposer des concerts en parallèle, devenir intervenant dans des associations, etc.
- Ne vous attendez pas à faire fortune en donnant des cours de piano. C’est un métier de passion qui permet de vivre très décemment mais qui repose sur votre temps. Et chaque journée ne dure que 24 heures ;).
En conclusion, le professeur salarié aura certes une plus grande stabilité financière au démarrage. Mais avec une moins grande amplitude, à moins de travailler dans 10 conservatoires en parallèle.
2/ Communiquer très largement
Une fois que vous avez choisi le statut qui vous correspond le mieux, il est temps de se lancer 🙂 ! Si vous devenez micro-entrepreneur, je vous conseille de ratisser très large dans un premier temps, vous trierez par la suite. Honnêtement, les 2 premières années sont des tests grandeur nature : les déplacements ne sont pas optimisés, les tarifs sont en-dessous du bon sens, les élèves ne sont pas tous très motivés. Mais ce n’est pas grave, dans un premier temps, on prend tout !
Les cartes de visite et journaux locaux
Je vous conseille de réaliser des cartes de visite et de les distribuer très largement : commerces et services de proximité, tout type d’établissement « culturel » (médiathèque, ludothèque, salle de spectacle, salle de cinéma, etc.). Laissez-en également à vos élèves, petits et grands, ils font très bien la publicité par eux-mêmes quand ils sont satisfaits.
Prenez par ailleurs contact avec l’office du tourisme de votre ville pour faire une publicité dans leur annuaire, journal local ou autre. Cela vous donne généralement droit à une présence sur tous leurs formats papier mais aussi sur leur site Internet. Et, contrairement aux idées reçues, ça ne coûte pas forcément cher : pour ma part, 120 € pour une année à Pornichet.
Vous pouvez également démarcher les magasins de musique près de chez vous : ils pourront vous recommander et inversement.
Ne vous attendez pas cela étant à des retombées immédiates ni même identifiables. L’important est que des gens vous contactent, peu importe comment ils ont trouvé vos coordonnées.
La communication sur Internet
En premier lieu, inscrivez-vous sur les plateformes recensant les professeurs particuliers, notamment Superprof et Aladom. N’hésitez pas à chercher s’il en existe d’autres, parfois plus locales pour votre région ou département.
Je trouve également très enrichissant de créer un site Internet et j’ai reçu beaucoup de demandes par ce biais. C’est du travail, surtout si l’on souhaite alimenter régulièrement son contenu, mais c’est passionnant et ça amène des prospects qualifiés pour les cours de piano. Pour ma part, j’ai lancé mon site Internet avec WordPress, d’abord avec un plan gratuit (l’adresse de votre site se terminera donc par .wordpress.com). Puis je suis passée au plan payant à environ 300 € par an pour avoir mon propre nom de domaine.
Si la création d’un site Internet vous paraît trop compliquée, vous pouvez embaucher quelqu’un pour créer une trame de site, que vous n’aurez plus qu’à remplir. Il aura réalisé le travail technique en somme, et vous devrez passer à l’étape éditoriale.
Vous pouvez en plus ou à la place faire de la publicité sur Internet. Soit en contactant une régie publicitaire qui centralise les contacts de plusieurs sites où publier vos annonces. Soit en démarchant les sites qui vous intéressent afin d’y placer un encart.
Les panneaux d’affichage interactifs qui fleurissent chez les commerçants et super- et hypermarchés peuvent aussi vous apporter beaucoup de visibilité. J’ai pour ma part hésité quelques mois et me suis finalement ravisée puisque mon activité avait déjà décollé.
3/ Optimiser son activité
Comme je le disais plus haut, en tant qu’indépendant au début on se lance et on accepte tout ! Ne soyez pas trop difficile ni trop « douillet », sinon vous risquez de mettre 3 ans avant d’être rentable. Concrètement, cela veut dire que l’on accepte les cours tardifs, éventuellement le samedi, que l’on accepte tous les élèves quitte à resserrer au minimum notre pause entre deux cours, que l’on prépare à fond chaque cours pour parer à toute éventualité, que l’on travaille sur son site les soirs et le dimanche.
Mais avec la liberté d’une profession indépendante, ne vous inquiétez pas ! On s’y retrouve largement en termes de qualité de vie. Et puis, on se ménage tout de même des moments de repos, le but n’est pas de s’épuiser complètement mais de prendre de l’élan pour arriver ensuite le plus haut possible très rapidement.
Se poser les bonnes questions
Par contre, une fois que l’activité est installée, on réfléchit et on optimise :
- Je finis à 21h00 trois soirs par semaine, est-ce trop pour moi/ma vie de famille ?
- J’adore cet élève mais il habite très loin de tous mes autres élèves, comment faire ?
- J’ai des demandes entrantes mais je n’ai plus de place dans le planning, dois-je quand même dire oui ?
- Le mercredi, j’ai 10 minutes pour aller d’un cours à un autre, je cours pendant 9 heures d’affilée, ça m’épuise, est-ce que je dois continuer ?
- Finalement, 35 € par heure de cours, ce n’est pas cher payé mais que vont dire mes clients si j’augmente mes tarifs ?
Et la liste n’est pas exhaustive, vous verrez ;). Il n’y a pas de recette miracle, tout dépend des concessions que vous êtes prêt à faire, de l’organisation de votre quotidien et de votre vie de famille.
Mon exemple d’optimisation d’activité
Pour vous donner mon exemple, j’avais dès le départ choisi de ne jamais donner de cours les samedis et dimanches. C’était ma seule vraie règle. Pour le reste j’acceptais des cours très éloignés physiquement les uns des autres, je finissais très tard, je proposais un tarif horaire très bas (34 € de l’heure), etc.
Au bout d’un an et demi, mon activité était stabilisée, j’avais suffisamment d’élèves chaque semaine. Donc j’ai choisi de terminer au plus tard à 19h30-20h00. J’ai annoncé à mes élèves très éloignés de chez moi que j’arrêtais les cours à la rentrée prochaine, à contrecœur, et je leur ai cherché un remplaçant. J’ai progressivement augmenté mon tarif horaire au fil des ans. D’abord pour les nouveaux élèves puis au fur et à mesure aussi pour mes élèves historiques. De 34 € de l’heure, je suis passée à 40 €, puis 43 €, et aujourd’hui 50 € pour les cours près de chez moi. Cela m’a pris 3 ans pour arriver à un bon tarif horaire qui ne soit pas démesuré pour mes élèves. Dernièrement, j’ai également un peu réduit la cadence le mercredi car c’était trop usant. Et je commence à refuser des élèves, ce que je n’osais pas faire auparavant.
Le tout est de prévenir vos clients en amont, de leur expliquer la situation et de leur proposer des solutions quand c’est possible.
4/ Croire en soi et ne pas se sous-estimer
Ce conseil va de paire avec le précédent. Il est important de ne pas vous sous-estimer dès le départ. Par exemple, réfléchissez bien à votre tarif, puisque vous allez payer des charges et des impôts dessus. Il faut certes être attractif pour se lancer. Mais ne pas partir de trop loin pour être rapidement rentable. Et il est très difficile d’annoncer des hausses de tarif donc prenez le temps d’y penser en amont et d’en parler autour de vous.
À l’inverse, n’ayez pas la folie des grandeurs : il faut respecter vos futurs clients quoi qu’il arrive. Et un prix trop élevé, souvent allié à une confiance en soi démesurée (si, cela arrive chez certains professeurs de piano ;)) risque de rebuter beaucoup de prospects. Restez humble, c’est bon pour le business et pour vous !
Ensuite, il faut oser dire non : non aux clients qui ne payent pas, non aux élèves qui habitent trop loin, non aux personnes qui annulent pour un oui ou pour un non. Ce n’est pas dramatique et on s’y fait.
Enfin, il faut trouver son rythme de croisière, sa manière d’animer ses cours. Vous pouvez bien entendu vous appuyer sur une méthode. Mais vous pouvez aussi construire votre propre identité de professeur, c’est le plus intéressant et le plus épanouissant au quotidien car on n’a pas besoin de travestir sa personnalité ! J’ai par exemple détaillé mes manières d’animer les cours dans plusieurs articles :
- Adapter les cours de piano à chaque enfant : la clef de la réussite
- Comment moderniser les cours de piano
- Comment rendre les cours de piano ludiques ?
- Comment intéresser un enfant à la musique ?
Et lorsque le bouche-à-oreille commence à fonctionner et que les élèves restent d’année en année, alors c’est gagné, vous avez trouvé votre style et les clients sont satisfaits !
5/ Les 4 erreurs que j’aurais voulu éviter
Avant de démarrer mon activité, j’aurais aimé être avertie de plusieurs écueils dans lesquels je suis tombée et qui m’ont fait perdre un peu de temps. Alors, en cadeau, je vous livre les 4 erreurs que je vous conseille d’éviter au démarrage :
- Proposer un tarif trop bas
- Ne pas oser relancer immédiatement en cas d’impayés
- Être trop flexible pour tout : horaires, personnalisation des cours, report de cours, annulation de dernière minute, etc.
- Ne pas profiter de la première année exonérée de charges URSSAF pour faire un maximum de chiffres d’affaires (= se lancer trop doucement ; pour ma part, j’étais encore salariée à temps plein quand j’ai démarré ma micro-entreprise donc mon premier bilan a été très faible).
Voilà, j’espère que cet article vous donnera envie de vous lancer ! Et si vous souhaitez en discuter, je vous invite à laisser un commentaire en bas ⇓, c’est anonyme et ça me fait plaisir d’échanger à ce sujet :).

Super article, je me reconnais là-dedans !
J’ai rapidement arrêté de me déplacer car je perdais trop de temps dans les trajets à mon goût. J’ai eu beaucoup de mal à être intransigeant sur les annulations au début mais une fois recruté par une école de musique j’ai appris à être plus strict.
Je suis maintenant à 50 minutes au lieu d’une heure pour souffler entre les élèves et j’adore ce rythme.
Chaque élève motivé vaut la peine de passer du temps avec lui et ce que j’adore le plus dans ce métier c’est d’être super flexible et adaptable quand à la méthode utilisé pour chaque profil !
Merci pour votre retour d’expérience Olivier ☺️ ! Comme je vous comprends, il est très difficile de s’affirmer d’un point de vue « logistique » les 1res années d’enseignement. Je suis contente d’apprendre que vous avez finalement trouvé votre rythme ! J’ai d’ailleurs vu votre chaîne YouTube qui est très intéressante. Je pense que je vais essayer de démonter le clavier numérique d’un de mes élèves car certaines touches sont de plus en plus dures à enfoncer, merci pour le tuto ! Bonne continuation en musique,
Sarah
Merci, bon courage pour le piano ça peut prendre pas mal de temps 🥹