C’est l’un des morceaux classiques les plus connus du répertoire pianistique : le Prélude en do majeur de Jean-Sébastien Bach. Il est présent dans d’innombrables recueils de morceaux pour débutants et a même donné lieu à des airs modernes célèbres.
Il est initialement issu du fameux recueil de partitions édité vers 1722, Le Clavier bien tempéré, ou Das Wohltemperierte Klavier pour les bilingues allemands. Je vous guide ici, avec 5 conseils pour travailler efficacement ce magnifique morceau.
1. Observez la partition
Avant toute chose et comme toujours lorsque l’on débute un nouveau morceau au piano, il convient de ne surtout pas se lancer tête baissée en essayant de jouer immédiatement les notes. Non, les musiciens ne font jamais cela ! À la place, ils observent d’abord leur partition afin de bien la comprendre. Plus vous prendrez au sérieux ce temps d’analyse théorique, plus vous progresserez et plus vous améliorerez votre lecture à vue.
Mais alors, que doit-on observer spécifiquement ? Suivez le guide ci-dessous* !
* Je n’aborde pas la question du chiffrage de la mesure volontairement car elle est complexe à comprendre et je souhaite conserver une dimension accessible aux pianistes débutants dans ce tutoriel.
Les clefs des portées
En premier lieu, on regarde toujours le début de sa partition. Au tout début de votre morceau, observez les clefs utilisées pour les portées de la main droite et de la main gauche.
Dans ce Prélude de Bach, il n’y a pas de piège : une clef de sol pour la portée du haut, une clef de fa pour la portée du bas. Tout est normal, sauf qu’il y aura une petite subtilité, que les musiciens expérimentés repéreront dès cette étape mais que j’expliquerai plus bas pour ne pas perturber les pianistes plus débutants.
L’armure de la partition
On regarde ensuite l’armure de la partition, c’est-à-dire la zone entre les clefs et le chiffrage de la mesure. Ici, ni dièse ni bémol à l’horizon, donc c’est parfait. Cela signifie qu’aucune note n’est à jouer en dièse ou en bémol tout au long du morceau.

Je vous rappelle également que, quand l’armure est vierge, c’est que la tonalité du morceau est :
- Soit do majeur
- Soit la mineur, la tonalité relative de do majeur.
Ici, le nom du morceau nous donne la réponse : Prélude en do majeur.
Les altérations accidentelles
Ensuite, il est important de jeter un coup d’œil à l’ensemble de la partition, afin d’en avoir une vue d’ensemble. On remarque ainsi qu’il y a un nombre conséquent d’altérations accidentelles, c’est-à-dire des dièses et bémols présents au sein d’une seule mesure et donc dessinés dans la mesure en question. Concrètement, cela signifie que, dans certaines mesures, il faudra prendre garde à jouer telle ou telle note en dièse ou en bémol. Ces altérations ne sont valables que dans la mesure où elles sont présentes.
Enchaînements de notes similaires
Une fois que l’on a bien observé le début de notre partition, il s’agit d’avoir une vue d’ensemble, comme nous l’avons fait pour les altérations accidentelles précédemment. Mais nous allons le faire pour analyser les enchaînements de notes, leurs mouvements. Cela veut dire qu’il faut comprendre dans quel sens vont les notes (vers le haut ou vers le bas). Et surtout qu’il faut essayer de trouver un « pattern », un motif récurrent. Pour ce faire, la meilleure astuce est de s’imaginer un trait qui passerait par tous les ronds de notes au sein d’une mesure. Et ensuite d’observer les caractéristiques de ce trait, en s’imaginant par exemple que cela forme un massif montagneux dessiné rapidement. Comment est ce massif ? Est-il identique dans chaque mesure ou bien le dénivelé change-t-il ? Ou alors, le massif est complètement différent à chaque fois ?

Prenez le temps de bien observer par vous-même avant de lire la réponse 😉 : chaque mesure a une construction similaire si vous observez l’image ci-dessus. Le dénivelé de mon massif sera plus ou moins important mais les notes vont toujours dans le même sens au même moment de chaque mesure : haut – haut – haut – haut – bas – haut – haut. Je sais donc que j’aurai un mouvement de mains similaire… dans tout le morceau !
Répétition dans chaque mesure
Ce que vous devez ensuite observer, dans la logique de se simplifier l’étape du déchiffrage (imaginez-vous que les pianistes sont fainéants et peureux) est que chaque mesure est scindée en 2 parties identiques. Donc, une fois jouées les 8 premières notes de chaque mesure, il suffira de les répéter avec les mêmes doigtés. Donc, toujours dans une logique de fainéantise et de peur (c’est une image bien entendu ;)) : ON NE BOUGE SURTOUT PAS LA MAIN NI LES DOIGTS, ON RESTE OÙ ON EST !

Répartition des notes entre la main droite et la main gauche
Pour finir ces quelques conseils d’observation, reste la question de la répartition des notes entre la main droite et la main gauche. Sur la partition que j’utilise, cela peut parfois prêter à confusion pour la deuxième (et donc neuvième) note de chaque mesure puisque cette note est parfois écrite en clef de fa, parfois en clef de sol. Afin de déterminer quelle main va jouer cette fameuse note à chaque fois, voici plusieurs éléments à prendre en considération :
- En observant globalement la partition, on s’aperçoit que cette note est plus souvent écrite en clef de fa. Donc un point pour la main gauche !
- Si l’on joue cette note avec la main droite, la répartition du jeu sera étrange : 1 note pour la main gauche puis 7 notes pour la main droite. Pas très équitable !
- Comme les notes 6-7-8 sont une répétition des notes 3-4-5, cela sera plus compliqué de les rejouer à partir du doigt 2 (l’index) à la main droite. En effet, on n’aura pas d’autre solution étant donné que le pouce sera mobilisé pour la fameuse note dont nous parlons. Encore un point pour la main gauche !
- Enfin, le mouvement des notes est régulier, comme vu plus haut. Et cela ne serait pas très élégant de jouer une seule note avec la main gauche, qui sera pesante. Puis d’enchaîner de manière fluide et légère avec la main droite. On aura une trop grosse différence de poids et de sonorité, cela donnera l’impression d’un gros « boom » suivi du reste.
Donc les 2 premières notes de chaque mesure sont à jouées par la main gauche.
2. Exercez-vous mains ensemble
Je ne suis pas adepte du travail mains séparées en règle générale. Mais, dans ce Prélude de Bach, c’est a fortiori à proscrire puisque les deux mains ne jouent jamais en même temps. Elles se passent le relais des notes et cela n’aurait donc aucun sens de séparer votre travail en deux. Le chant est réparti entre le jeu des deux mains. Donc, on ne perd ni son temps ni son énergie et on se lance avec les deux mains tout de suite !
3. Choisissez vos doigtés
Il existe une technique de travail des morceaux au piano que j’apprécie tout particulièrement : le travail sous forme d’accords. C’est-à-dire que vous devez imaginer que toutes les notes d’une mesure sont écrites les unes au-dessous des autres, comme si elles devaient être jouées en même temps.
Si vous appliquez cette technique à ce Prélude de Bach, vos doigts devront se positionner et chercher les bons doigtés du premier coup. Vous travaillerez ainsi ainsi les déplacements et les transitions. Donc à vos crayons ! Plaquez un accord par mesure et notez les doigtés sur votre partition si besoin !
4. Travaillez au métronome
Je sais que vous n’appréciez généralement pas beaucoup le métronome mais c’est en réalité un outil fait pour vous aider ! Sans rentrer dans les détails du rythme et du chiffrage de la mesure pour ce morceau (vous pouvez regarder ma vidéo sur YouTube à ce sujet), souvenez-vous simplement que toutes les notes s’enchaînent de manière régulière.
Régulièrement, cela signifie qu’il n’y a pas d’à-coups, de ralentissements, etc. Prenez une image qui vous parle : quelqu’un en train de marcher régulièrement, les gouttes de pluie qui tombent… L’objectif est de vous imaginer une situation qui vous permette de jouer régulièrement les enchaînements de notes.
Ensuite, vous réglez le métronome sur une vitesse faisable pour votre niveau. Et selon votre expérience :
- Vous calez les coups du métronome sur chaque note : une note à jouer sur chaque coup de métronome
- Vous calez les coups du métronome toutes les deux ou quatre notes : 1 note sur un coup de métronome puis 1 ou 3 à jouer régulièrement sans coup de métronome ; puis la note suivante en même temps que le coup du métronome, etc.
Le plus important est de ne pas viser trop haut en terme de vitesse, ça ne sert à rien. Et d’y aller par palier, tranquillement mais sûrement. Si vous essayez de faire tout très vite, vous allez faire tout très vite, certes, mais aussi très mal.
5. Travaillez sous forme d’accords
Comme vu au point n° 3 concernant les doigtés, le travail sous forme d’accords est très adapté à ce morceau. On plaque un accord avec toutes les notes au sein d’une mesure. Puis on enchaîne les mesures (donc les accords) de manière régulière jusqu’à la fin de la partition. Je vous mets ci-dessous ma vidéo parlant du Prélude en do majeur de Bach au moment où je le joue sous forme d’accords ⇓.
