Tout au long de l’apprentissage du piano (parcours qui peut durer une vie puisque l’on peut toujours aller plus loin dans sa maîtrise de l’instrument;)), il est une chose qu’il est difficile à acquérir : l’indépendance (ou la coordination) des deux mains.
En effet, notre main droite et notre main gauche vont la plupart du temps jouer deux parties distinctes, mais en même temps, au sein d’un morceau. Il faut donc être capable de dissocier son cerveau et sa concentration en deux : une partie qui s’occupera de la main droite, pendant que l’autre s’occupera simultanément de la main gauche.
1/ Indépendance des mains au piano : un travail de longue haleine
Jouer une partie différente à chaque main est très difficile à maîtriser, c’est pourquoi on commence souvent son apprentissage du piano en travaillant « mains séparées » : d’abord la main droite, puis la main gauche, puis les deux ensemble.
Car c’est bien cette simultanéité qui est complexe à comprendre et à acquérir. Et ce, à tous les niveaux, je peux vous l’assurer !
La coordination des mains : difficile à tous les niveaux de piano
Un pianiste débutant aura des difficultés à assimiler cette indépendance des deux mains pour des mouvements de notes faciles. Mais, dans des partitions complexes pour les pianistes de plus haut niveau, il est des passages extrêmement techniques où la coordination des deux mains demandera beaucoup d’efforts.
Preuve en est notamment les partitions avec des ornements de notes (trille, mordant, appogiature, etc.) d’un côté et des notes rapides de l’autre. Cela peut devenir encore plus compliqué lorsque les notes sont de surcroît dures à déchiffrer (double-dièse ou altérations accidentelles par exemple), et/ou dures à jouer (difficiles d’accès dans la vitesse, doigtés complexes, etc.).

L’indépendance des deux mains n’est pas intuitive
La difficulté de maîtriser l’indépendance de ses deux mains au piano réside premièrement dans le fait que ce n’est pas une chose que l’on fait naturellement. En effet, au quotidien, on fait rarement deux choses complètement différentes, simultanément, avec chacune de nos deux mains. Le seul élément habituel auquel cela pourrait être comparé est lorsque l’on tape sur un clavier d’ordinateur ou sur son téléphone : les deux mains doivent se compléter et se passer le relais de manière fluide et rapide, chacune ayant sa partie bien à elle à « jouer ».
Cela étant, il y a des limites à cette comparaison :
- La partition à jouer est toujours la même, il s’agit de former des mots à insérer dans des phrases
- Chaque main est toujours assignée à la même partie du clavier
- Les deux mains appuient très rarement en même temps, surtout sur les smartphones.
La symétrie des deux mains : complexe à appréhender
Déjà que je dois avouer que nombre de mes élèves confondent leur droite et leur gauche 😅… Alors vous imaginez la difficulté à bien appréhender dans l’espace la symétrie entre notre main gauche et notre main droite. En effet, si vous positionnez vos deux mains côte-à-côte avec les deux pouces collés, vous observez qu’il existe un axe de symétrie entre nos deux pouces. Et que nos deux mains sont inversement symétriques par rapport à cet axe. Ainsi, nos deux mains ne sont pas « dans le même sens ». Puisque si l’on veut utiliser nos doigts de la gauche vers la droite (pour aller des graves vers les aigus au piano) :
- Pour la main gauche : on utilisera les doigts 5-4-3-2-1
- Pour la main droite : on utilisera les doigts 1-2-3-4-5.

Nos deux mains ne sont donc pas « dans le même sens ».
Cela peut paraître anodin à comprendre, mais c’est en réalité un élément essentiel à assimiler. Et vous pourrez ainsi mieux comprendre et travailler la coordination de vos deux mains au piano.
2/ Les écueils du travail « mains séparées »
Si au début de son apprentissage du piano, on travaille souvent ses morceaux « mains séparées », c’est-à-dire la main droite seule, puis la main gauche seule, puis les deux mains ensemble, ce n’est pas toujours une manière optimale de s’exercer.
Le travail « mains séparées » n’est pas toujours optimal
En effet, cette habitude comporte plusieurs points négatifs :
- On commence souvent par travailler la main droite et on passe trop de temps dessus : la main droite devient donc plus « douée » et « agile » que la gauche.
- On passe ainsi moins de temps sur le travail de la main gauche, alors même que la plupart des gens sont droitiers et auraient justement besoin de plus exercer cette main gauche !
- Le travail est triple puisque jouer les deux mains ensemble est une étape à part entière. Donc on repart presque de zéro lorsque l’on joue les deux mains ensemble, même après les avoir travaillées séparément… Un peu décourageant !
- Ce travail « mains séparées » convient bien à certaines personnes, qui ont une très bonne mémoire, surtout visuelle et dans l’espace. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.
- Et même pour ces personnes à qui cela convient, ce n’est pas optimal puisqu’elles vont rester dans une zone de confort où leur cerveau a tout le loisir de mémoriser chaque partie avant de jouer les mains ensemble. Pas idéal pour vraiment progresser…
- Vous habituez votre cerveau à apprendre ses partitions de cette manière. Donc, même lorsque vous serez plus aguerri, vous aurez du mal à vous en défaire ! Dommage quand on sait que l’objectif, à terme, est de déchiffrer ses morceaux les deux mains ensemble du premier coup ;).
- C’est excessivement chronophage puisque, comme je le disais, le travail est triple. On n’optimise donc pas son effort et les progrès sont plus longs à venir.
Le travail des morceaux « mains séparées » : à petite dose
Travailler ses partitions « mains séparées » n’est pourtant pas dénué d’intérêt et je ne dis pas qu’il faut bannir cette pratique. Ce que je fais souvent en cours de piano, c’est de regarder une ou deux fois chaque partie isolément. Mais sans les travailler avec acharnement. Et surtout pas en les apprenant par cœur !
Je force ensuite très vite mes élèves à jouer avec les deux mains, en décortiquant avec eux la logique du morceau. Car, ce qui rend le jeu à deux mains difficile, c’est souvent que l’on n’a pas compris ni anticipé la structure de sa pièce. Par exemple, si l’on voit que la main gauche a un mouvement de va-et-vient régulier entre le do, le mi et le sol, pendant tout le morceau, on évitera le jeu à deux mains « note à note ». C’est-à-dire sans vue d’ensemble. Pareil pour la main droite, si l’on parvient à identifier la logique du chant, tout aura plus de sens et cette compréhension facilitera le jeu à deux mains.
Vous l’aurez donc compris, déchiffrer ses partitions directement à deux mains est la meilleure des choses à faire pour progresser mieux et plus vite. Et il est essentiel d’anticiper la lecture de vos partitions, de ne pas jouer « note à note », sans avoir de vue d’ensemble de la logique du morceau.
