En novembre 1940, Fantasia, le troisième film des studios de production de Walt Disney (après Blanche-Neige et les sept nains, sorti en 1937 et Pinocchio, au début de l’année 1940) est présenté en grande pompe au Broadway Theatre de New York.
Le film ô combien ambitieux de Walt Disney, qui sort 6 ans plus tard sur les écrans de cinéma français, a-t-il rencontré le succès ?

Fantasia, un classique déroutant
Comme son titre énigmatique le laisse présager, Fantasia se montre assez singulier. Bien plus long que ces prédécesseurs (et successeurs), il dure pas moins de 2h05, contre, par exemple, 1h28 pour Pinocchio et 1h23 pour Blanche-Neige et les sept nains.
Fantasia rompt aussi largement avec ses prédécesseur dans sa narration puisqu’il se compose, non d’une seule intrigue mais de sept séquences sans rapport (d’un point de vue scénaristique) entre elles. Celles-ci illustrent, de façon plus ou moins abstraite, pas moins de huit morceaux de musique classique fameux, à savoir :
- Toccata et Fugue en ré mineur, de Jean-Sébastien Bach ;
- Casse-noisette, de Piotr Ilitch Tchaïkovski ;
- L’Apprenti sorcier, de Paul Dukas ;
- Le Sacre du printemps, d’Igor Stravinsky ;
- La Symphonie pastorale, de Ludwig van Beethoven
- La Danse des heures, d’Amilcare Ponchielli ;
- Une nuit sur le mont Chauve, de Modeste Moussorgski
- L’Ave Maria, de Franz Schubert.
Les ambitions déçues de Disney
Né de la collaboration de Walt Disney et de son ami et chef d’orchestre du Philadelphia Orchestra Leopold Stokowski dès 1937, le projet apparaît très ambitieux et occupera les parties prenantes du projet pendant de longs mois. Disney et Stokowski, rejoint par le musicologue Deems Taylors à Los Angeles, passèrent ainsi, dit-on, un mois entier de 1938 à sélectionner les pièces musicales du film et leur mise en scène.
Les morceaux du long-métrage sont interprétés par le Philadelpia Orchestra, dirigé, bien entendu, par Stokowski lui-même, hormis la séquence de L’Apprenti Sorcier de Dukas et les parties chantées de l’Ave Maria de Schubert. Le film ne comporte aucun dialogue si ce n’est un échange lapidaire entre Mickey et son maître. On n’y entend essentiellement la voix d’un narrateur, en l’occurrence le critique musical et musicien Deems Taylor (doublé, pour la première version française du film par René Marc puis par Jean Piat, en 1976, au total, le film a connu 5 doublages français).
Les autres interventions vocales, très brèves se limitent donc à celle de Walt Disney, interprétant Mickey, s’adressant à son maître, Stokowski et à la réponse de ce dernier dont la voix est doublée par le compositeur lui-même.
Comme un témoignage de l’ambition de Disney et Stokowski, la sortie du long-métrage s’accompagne de la mise en place, dans certaines salles de cinémas, d’un système d’amplis destiné à magnifier le son de l’œuvre musicale : le Fantasound (qui présente l’inconvénient de diminuer la capacité d’accueil des salles qui en sont équipées puisqu’il implique de disposer plusieurs dizaines de hauts-parleurs dans la salle). Il s’agit d’un système d’enregistrement et de restitution stéréophonique développé, à la demande de Disney et Stokowski, par deux employés de la Walt Disney Company (l’ingénieur William E. Garity et le mixeur John N.A. Hawkins).
Si la prouesse de Disney et Stokowski est plutôt bien accueillie par la critique, le public ne suit pas. Cet échec commercial, qui fait suite aux résultats d’exploitation décevant de Pinocchio, sonnera le glas des ambitions de Walt Disney qui prévoyait d’autres films du même genre.
Pour une analyse très complète du film et de sa conception, je vous conseille vivement la lecture de l’article largement documenté « Derrière les huit lettres de Fantasia, le mystère persiste » d’Aurélien Noyer.
