L’invention du piano

Si le piano apparaît aujourd’hui comme l’instrument de prédilection des plus grands compositeurs et de nombreux artistes populaires, son invention au début du XVIIe siècle n’a pas suscité un intérêt unanime. Malgré leurs caractéristiques innovantes en matière d’expressivité, on préfère, pendant plusieurs décennies, le clavecin aux premiers pianos.

Quelle fut l’histoire mouvementée du piano ?

Sommaire

  1. Cristofori, l’inventeur du piano
  2. Un instrument révolutionnaire…
  3. … mais d’abord peu reconnu

Cristofori, l’inventeur du piano

Natif de Padoue, Bartolomeo Cristofori était facteur d’orgues et de clavicordes. Sa vie est peu documentée jusqu’à son entrée à la cour de Florence.

Il entra en effet au service du prince Ferdinand III de Médicis qui le recruta lors d’un passage à Padoue en 1688 (ou 1690, selon les sources). Grand amateur d’art, le prince composait d’ailleurs à l’occasion. Il fut le mécène du compositeur palermitain Alessandro Scarlatti qui composa pour le théâtre privé du prince et rencontra Georg Friedrich Haendel, présenté au prince régnant Cosme III, le père de Ferdinand.

Retrouvez ci-dessous une interprétation de la Sonate K. 9 en ré mineur d’Alessandro Scarlatti, interprété par Dongsok Shin sur l’un des trois pianoforte construits par Cristofori qu’il nous reste aujourd’hui.


La date de 1700 pourrait, selon un inventaire effectué à la cour des Médicis à Florence, correspondre à l’invention, au moins du mécanisme fondateur du piano. On trouve en effet dans ce document la mention d’un « clavecin pouvant jouer le doux et le fort« , une description qui correspond assez bien au principe du pianoforte, comme nous allons le voir plus bas dans cet article.

Cette source demeure un peu incertaine mais on peut considérer que l’existence du pianoforte était chose acquise en 1709. C’est en effet la date à laquelle l’écrivain Scipione Maffei eût aperçu, d’après ses écrits, quatre pianoforte dans l’atelier de Cristofori.

Un pianoforte de Cristofori, vraisemblablement produit en 1720 et exposé au Museo Nazionale degli strumenti musicali de Rome. C’est l’un des trois modèles produits par Cristofori encore existants et le plus fidèlement conservé. Il couvre 4 octaves.
© LPLT, CC 3.0 via Wikimedia Commons

En 1716, Cristofori fut nommé conservateur de la collection de 84 instruments amassés par Ferdinand, parmi lesquels sept de sa fabrication (des clavecins et des épinettes mais pas de pianoforte). Si sa carrière alla bon train, son instrument ne connut d’abord par le succès escompté.

Un instrument révolutionnaire…

Si l’on a tendance à rapprocher le clavecin, instrument reconnu dans les siècles qui précédèrent l’invention du pianoforte, du piano actuel, et faire du premier l' »ancêtre » du second, il faut tout de même constater une différence fondamentale entre ces deux instruments. Le clavecin est un instrument à clavier et à cordes pincées tandis que le piano est un instrument à clavier à cordes frappées. Considérant cet élément d’importance, il serait donc plus juste de rapprocher le piano d’un autre instrument : le clavicorde. Il s’agirait, soit dit en passant, du premier instrument à corde et à clavier.

Retrouvez ci-dessous un interprétation du Prélude en do majeur de Jean-Sébastien Bach au clavicorde, instrument qu’il appréciait particulièrement dit-on.


Inventé, sur le principe au moins, au cours du XIVe siècle, le clavicorde présentait certaines limites.

Sa taille modeste en limitait l’audibilité, en faisant en pratique un instrument plutôt réservé à la pratique à domicile. En outre, si pour le clavicorde des cordes tendues à l’horizontal sont bien frappées par des marteaux, il n’en demeure pas moins que celui-ci offre bien moins de nuances et d’expressivité au musicien. En effet, le pianoforte présentent de nombreux mécanismes et éléments divers permettant des sons plus précis, variés voire inventifs, comme nous allons le voir bientôt.

Notons au passage que la subtilité caractéristique du pianoforte au regard du clavicorde, du clavecin ou de l’épinette est d’ailleurs mis en exergue par le nom que lui donna Cristofori en tout premier lieu, à savoir Gravicembalo col piano, e forte qui signifie littéralement : « clavecin avec possibilité de jouer doux et fort« .  Le terme de pianoforte, pour des raisons évidentes, s’impose ensuite naturellement.

Techniquement, les possibilités sonores accrues du pianoforte s’expliquent par un système de cordes tendues que frappent des marteaux qui, parce qu’ils étaient directement reliés chacun à une touche, faisaient varier le son produit en fonction de la force avec laquelle le pianiste frappait la note.

Une deuxième innovation fondamentale du pianoforte de Cristofori est un système qui consiste à faire retomber le marteau qui vient de frapper la corde. Ainsi, au contraire des cordes du clavicorde au contact desquelles reste la tangente qui vient de les frapper, celles du pianoforte sont libérées après l’impact, leur permettant de vibrer. La tangente était une pièce de métal qui frappait les cordes du clavicorde selon le principe des marteaux du pianoforte mais ces derniers étaient, eux, recouverts de feutre).

Enfin, un ingénieux sytème d’étouffoir permet aux cordes de l’instrument de Cristofori d’être libres malgré l’enfoncement de la touche pour ne vibrer qu’au moment où la note est relâchée par le pianiste, lui offrant ainsi une maîtrise des résonances de ce on jeu.

… mais d’abord peu reconnu

Bien qu’il vécût une trentaine d’années (ou un peu plus de 20 ans si l’on s’accorde plutôt sur l’année 1709 pour l’invention du pianoforte) après la mise au point de son premier pianoforte, Cristofori ne tira pas de grands bénéfices commerciaux de son invention.

Artistiquement, malgré le grand enthousiasme de Maffei, le pianoforte ne convainquit pas non plus dans l’immédiat l’élite musicale italienne. Cristofori ne vit pas de compositeur mettre son instrument en scène de son vivant. Il fallut en effet attendre 1732 que fût publiée la Sonate da cimbalo di piano e forte, detto volgarmente di martelletti de Lodovico Giustini di Pistoia. C’est donc la première œuvre musicale pour le piano publiée.

Des pianofortes furent tout de même produits au cours du XVIIIe siècle au Portugal et en Espagne, peut-être par des élèves de Cristofori lui-même.

Par la suite c’est surtout en Allemagne que l’instrument se développa. Là encore, il est possible que des élèves de Cristofori n’y fussent pas étrangers. Ainsi, à Freiberg en Saxe, le facteur d’orgues Gottfried Silbermann produit, dès 1726, le premier pianoforte allemand. Assez semblable à celui de Cristofori, ce modèle innovait tout de même par la présence de la première pédale forte qui enfoncée, permettait la levée de tous les étouffoirs. Silbermann proposa pléthore de modèles de pianoforte au jugement de Jean-Sébastien Bach, lequel les trouva d’abord tous insatisfaisants en raison de leur mécanique qu’il jugea trop lourde et des aigus qu’il considéra trop faibles. Silbermann finit par obtenir la bénédiction du célèbre compositeur et vit, en 1745, quinze de ses instruments achetés par Frédéric II de Prusse qui les fit installer dans son palais de Potsdam.

En plus des innovations apportées par Silbermann comme par d’autres facteurs allemands, les Anglais contribuèrent beaucoup au perfectionnement de l’instrument. Ainsi en 1772, Americus Baker, qui fut l’apprenti de Silbermann à Freiberg, mit au point un système permettant d’empêcher le marteau de rebondir après avoir frappé la corde. Cette innovation sera plébiscitée en France par le célèbre facteur de piano Pleyel, dont les pianos étaient les favoris de Chopin. En France comme ailleurs cette mécanique anglaise, perfectionnée en 1821 par le français Sébastien Erard (fondateur de la célèbre marque de piano) s’impose sur d’autres, comme la mécanique allemande mise au point par un autre élève de Silbermann,  Johann Andreas Stein.

Les multiples améliorations du pianoforte et la multiplication des ses possibilités expressives permirent à l’invention de Cristofori, à l’orée du XIXe siècle, de remplacer le clavecin en tant qu’instrument phare.

Des pianoforti construits du vivant de son inventeur, il en reste trois :

  • Un pianoforte de 1720, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (souvent connu sous l’abréviation de MET)
  • Un autre de 1722, qui se trouve au Museo Nazionale degli strumenti musicali de Rome, le mieux conservé des trois
  • Un troisième, daté de 1726, au Musikinstrumenten-Museum de l’Université de Leipzig.

Une question ? Une suggestion ? N'hésitez pas à m'en faire part (votre adresse e-mail ne sera pas visible)

En savoir plus sur Cours de piano et solfège à domicile

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture