Après l’incendie, en 1903, du Théâtre de Lille (aussi appelé Grand Théâtre Lequeux), bâti en 1785, la ville décide de faire édifier un théâtre provisoire, d’après les plans de l’architecte Léonce Hainez, qui se chargea notamment de ceux de l’institut Pasteur, aussi dans la commune.
Située place Sébastopol, cette salle est bâtie en seulement 4 mois et prendra par la suite le nom de Théâtre Sébastopol. Censément provisoire, cette salle est pourtant toujours debout et s’y tiennent encore des spectacles, concerts ou meeting accueillant potentiellement 1350 spectateurs assis. Originellement, la salle comptait 2000 places assises mais ce nombre a été réduit à 1350 en 1998 après deux ans de travaux de mise en conformité sécuritaire.
C’est en 1907 que débute la construction de l’Opéra de Lille, en remplacement du Grand Théâtre Lequeux, en béton armé et de style néo-classique. Si l’inauguration de l’Opéra de Lille est prévue en 1914, il faudra attendre 1923 pour qu’elle ait effectivement lieux, en raison notamment de la menace et l’entrée des troupes allemandes dans la ville.
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Le Théâtre se trouve à l’adresse suivante :
Place du Théâtre
59000 LILLE
Pour un contact par courrier, l’adresse postale est différente de l’adresse physique. Il faut envoyer son courrier à l’adresse :
2, rue des Bons Enfants B.P. 133
F-59001 Lille Cedex
Pour joindre l’administration du théâtre, le numéro à composer est le : 03 28 38 40 50.
Ce service peut être contacté par courrier électronique via l’adresse : info@opera-lille.fr.
Pour contacter le service billetterie de l’Opéra par téléphone, composez le 03 62 21 21 21.
Elle peut aussi être contactée par courrier électronique, en utilisant l’adresse : billetterie@opera-lille.fr.
Le site Internet de l’Opéra est accessible ici : https://www.opera-lille.fr.
De grands noms de l’Art et de l’Architecture
C’est à l’ingénieur et entrepreneur François Hennebique et à l’architecte Louis-Marie Cordonnier, qu’est confiée la construction du nouveau Théâtre, à l’emplacement de l’ancien Théâtre Lequeux.
Le système Hennebique au service du projet
En 1913, Hennebique, natif de Neuville-Saint-Vaastet, apparaît depuis de longues années déjà comme le spécialiste de la construction en béton armé dont il a développé ses propres concepts. Le « système
Hennebique », expression qui désigne ses procédés de construction, est promu par ses réalisations mais aussi par la revue Le Béton Armé, que son entreprise publie de 1898 à 1939, rendant compte de ses succès et du développement de ses techniques de construction à ses clients.
Il est alors à la tête d’un réseau international d’établissements spécialisés dans les constructions en béton armé et ses réalisations jalonnent les paysages urbains du Nord de la France mais aussi en région parisienne, à
Marseille et dans le monde. On peut par exemple citer sa propre résidence, l’impressionnante Villa Hellebique (bâtie en 1903 à Bourg-La-Reine) ou encore la Villa Majorelle, à Nancy (1902), la gare de Metz, alors en territoire
allemand (1908), le Théâtre municipal de Berne (1903) ou la cathédrale de Poti, en Géorgie (1907) . Dès 1902, Hennebique est ainsi à la tête de 290 établissements en France, en Belgique, en Suisse, au Royaume-Uni mais
aussi en Égypte, en Russie et dans les colonies.
Louis-Marie Cordonnier, l’architecte
Né à Haubourdin, au sud-est de Lille, Louis-Marie Cordonnier est choisi à la suite d’un concours organisé par la municipalité lilloise. Inspiré par Victor Louis et Charles Garnier, il trace les plans d’un théâtre à l’italienne, à l’image du Palais Garnier.
Ce style architectural de théâtre est né en Italie au XVIe siècle, sous forme de structures temporaires dressées par les troupes de comédiens avant leurs représentation puis développé en Espagne et en Angleterre avec des bâtiments permanents.
Très en vogue en Europe et en Amérique du Sud au XVIIIe et XIXe siècles, le théâtre à l’italienne est alors un peu passé de mode. Il se caractérise notamment par une salle en forme de fer à cheval. Pour autant, et c’est l’une des caractéristiques principales de ce type de bâtiment, le public n’entoure pas la scène. Cette dernière est placée devant le public et délimitée, notamment, par un rideau de scène. Par ailleurs, le plancher de la scène est pentu, afin d’offrir aux spectateurs une impression de profondeur.
Parmi les bâtiments dessinés par Louis-Marie Cordonnier, on compte de nombreux édifices religieux comme la Basilique Sainte-Thérèse de Lisieux, ou l’église Notre-Dame de-Pellevoisin à Lille ainsi que des hôtels de ville et beffrois, à Armentières, Bailleul, Dunkerque, La Madeleine, Loos-lez-Lille ou encore la chambre de commerce et d’industrie de Lille.
Trois sculpteurs renommés
Alphonse-Amédée Cordonnier, né à La Madeleine (près de Lille) décore la façade de l’Opéra du haut-relief L’Allégorie de la Musique, à gauche.
Ce lauréat du prix de Rome en 1877 sculpta aussi le Monument à Louis Pasteur, place Philippe Lebon, à Lille.
Le sculpteur lillois Hector Lemaire se chargea notamment du haut-relief La Tragédie, qui orne la façade principale du bâtiment à droite et répond à L’Allégorie de la Musique de Cordonnier.
On lui doit aussi, entre autres, le bas-relief Le Jour, la Nuit, les Trois Parques sur la façade arrière du Petit Palais, à Paris. Attention à ne pas le confondre avec le célèbre sculpteur valenciennois Henri Lemaire, auquel on doit le bas-relief Le Jugement Dernier, qui décore le fronton de l’église de La Madeleine à Paris ou encore Les Funérailles du général Marceau, autre bas-relief observable sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile, à Paris.
C’est à Georges-Armand Vérez que revient la sculpture des quatre grands groupes sculptés qui ornent le Grand Foyer de l’Opéra. Né à Lille en 1877, Vérez est le lauréat du premier second grand prix de Rome, en 1905. Il est
également l’auteur, notamment, du Pardon, exposé dans le square de la place Vanhoenacker à Lille et surtout du statuaire du Théâtre de Cambrai (1929).
Un peintre fameux à la décoration

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Le peintre Georges Picard est quant à lui l’auteur de la fresque qui orne le plafond du foyer, intitulée La Musique et la Danse.
On doit aussi à ce peintre, qui fut illustrateur, les fresques Le Printemps et l’Automne de la salle Schmit du Casino de Monte-Carlo, la décoration de la salle à manger et de la salle des fêtes de l’ambassade de France en Autriche ou encore la fresque L’Apothéose, visible au théâtre Colon, à Buenos Aires.
L’histoire du nouveau théâtre
Deux inaugurations
En 1907, au commencement de la construction, des pieux en béton permettent de stabiliser un sol difficile et de supporter le corps du bâtiment, en béton armé. C’est sous occupation allemande, en 1915, qu’est donnée la première représentation, menée par des artistes Berlinois : Iphigénie de Goethe ainsi que des œuvres de Liszt, dans un théâtre qui n’est pas encore terminé.
Libéré de l’occupation allemande en 1918, le théâtre a subi quelques dommages liés aux bombardements. Il apparaît cependant relativement épargné par les bombes aux regards de l’état général de la ville. De surcroît, les Allemands saccagent la machinerie le mobilier avant leur retraite. Ce n’est qu’en 1923 que le théâtre est inauguré par les Français.
Un destin mouvementé
Par la suite, la vie du théâtre s’avère mouvementée. Fermé de 1939 à 1946, il connaît des déboires financiers et la succession, en seulement 7 ans, de 3 directeurs. La salle retrouve de sa superbe en 1953 et jusqu’à la fin des années 1970.
En 1955, la décentralisation artistique voulue par l’État français dote les salles d’opéra municipales d’un budget conséquent qui leur permet notamment de monter des spectacles d’envergure, lesquels doivent être représentés dans d’autres théâtres que celui qui leur a donné naissance. C’est ainsi que le théâtre de Lille donne Idoménée, de Mozart, en provenance de l’Opéra de Bordeaux ou encore Platée de Rameau, créée par l’Opéra de Lyon.
L’Opéra de Lille crée quant à lui la Forêt Bleue, conte féérique inspiré des contes de Perrault (dont le peintre George Picard, auquel on doit la fresque du plafond du foyer de l’Opéra lillois illustra certaines éditions) et première œuvre renommée du compositeur malouin Louis Aubert. Le spectacle connaît une renommée nationale avec des représentations à Bordeaux, Nantes ou Reims, notamment.
Les années 80 sont marquées par le déclin du théâtre, malgré la formation, en 1979, de l’Opéra du Nord, qui réunit le théâtre, le ballet de Roubaix et l’atelier lyrique de Tourcoing. Mais cet ensemble est dissout en 1985 en raison de problèmes financiers et désaccords persistants entre les parties prenantes.
De nouveau indépendant, le théâtre finit par fermer ses portes pendant 3 ans. Il connaît un certain succès de sa réouverture en 1989 à 1998, accueillant par exemple l’orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg ou de grands artistes lyriques comme Cecilia Bartoli, Christa Ludwig, Roberto Alagna ou Ruggero Raimondi. En 1998, le théâtre doit de nouveau fermer, cette fois en raison de manquements aux règles de sécurité. En décembre 1999, le bâtiment est inscrit aux Monuments Historiques, alors qu’il est toujours fermé au public.
L’Opéra de Lille aujourd’hui
Fin 2003, il rouvre ses portes alors qu’a été créé la même année le Chœur de l’Opéra de Lille. C’est pour le théâtre une renaissance artistique avec une programmation plus variée et de nombreuses représentations saluées par la critique comme la Carmen dont le rôle titre est interprété par Stéphanie d’Oustrac. Il s’agit, par ailleurs, du premier DVD édité par l’Opéra de Lille.
