Bien qu’il fût inventé il y a presque un siècle et demi, le célesta apparaît comme un instrument méconnu et peu utilisé. Il me semble, par exemple, qu’aucun conservatoire de musique en France ne propose d’apprendre à en jouer. Toutefois, la confidentialité de cet instrument est, depuis quelques années, assez relative. En effet, il est fortement probable que vous ayez déjà entendu les notes cristallines de cet instrument sans le savoir pour la bonne raison que les premières notes du thème principal de la série de films Harry Potter, très reconnaissables, sont jouées au célesta !
Si vous désirez en savoir plus sur cet instrument au son féérique, vous trouverez probablement ci-dessous de quoi satisfaire votre curiosité.
Les origines du célesta : entre l’orgue et le carillon
Si, par son apparence et son utilisation, un célesta fait immédiatement penser à un piano, le son cristallin caractéristique qu’il produit évoque quant à lui l’effet sonore produit par un maillet sur un xylophone aux lames métalliques (si, à l’origine, les lames du xylophone sont en bois, on nomme aujourd’hui xylophone ceux pourvus de lames en métal).
Pour être plus précis, il faut préciser que célesta est en fait un instrument hybride entre l’harmonium et, non pas le xylophone, mais le glockenspiel (en allemand « carillon »).
Un clavier d’harmonium
Si l’on a dit que le célesta ressemblait à gros traits à un piano, un examen plus précis de son apparence et en particulier de son clavier le ferait plutôt passer pour un harmonium. L’harmonium n’est autre qu’un instrument à vent et à clavier, composé de tuyaux et de hanches. Il est l’invention du français Alexandre-François Debain qui en déposa le brevet en 1842 avant que l’instrument ne fût perfectionné par Auguste Victor et Alphonse Mustel (respectivement père et fils).
Ils allèrent même jusqu’à faire de cet instrument à vent, sorte de petite orgue à hanche libre, un instrument hybride : le célesta-harmonium, un instrument à vent et à percussion doté de deux claviers.
Le glockenspiel, carillon pour orchestre
Le glockenspiel est un instrument métallophone : ses sons sont produits par la percussion de lames en métal à l’aide de baguettes. Bien que son origine ne soit pas certaine, on suppose qu’il serait l’invention du carillonneur Pierre-Joseph Leblan officiant, notamment dans la commune belge de Soignies. Il l’aurait mis au point en 1763 avec l’objectif, du moins le suppose-t-on, d’en faire un carillon pour orchestre.
Aujourd’hui, l’usage du glockenspiel n’est pas rare au sein des fanfares suisses qui égayent les carnavals et autres fêtes de rue (on appelle ces groupes de musiciens les « guggenmusik« ).
Le célesta : l’instrument dérivé
C’est donc en héritant du savoir-faire français ayant donné lieu à l’harmonium et de l’expertise belge ayant fait naître le glockenspiel que le célesta est mis au point en 1886. On peut ajouter à cet héritage un legs du piano puisque le célesta fonctionne grâce à des marteaux comparables à ceux d’un piano droit, instrument inventé en 1845.
La paternité du célesta revient à Auguste Victor Mustel qui avec son fils perfectionna grandement l’harmonium et le « détourna » pour en faire le célesta, passant d’un instrument à vent à un instrument à percussion. Il déposa le brevet du célesta en 1886.
Notons, pour être plus précis, que le célesta appartient aux instruments dits idiophones (aussi appelés « autophones »), c’est-à-dire de ceux dont les matériaux constitutifs produisent le son de l’instrument par pincement, frappement, secousse, raclement… En outre, le célesta est un métallophone, c’est-à-dire, par opposition au xylophone (dont, initialement, le son est produit par des lames en bois), que le son qui en émane est produit par des lames en métal.
Les éléments du célesta
Inspiré de l’harmonium et du glockenspiel, l’instrument à percussion qu’est le célesta ressemble beaucoup à un piano droit. Il s’agit cependant d’un « modèle réduit » puisque en général, sa largeur et sa hauteur n’excèdent pas un mètre.
Les éléments principaux d’un célesta sont les suivants :
- un pupitre ;
- un clavier d’une portée de 4 ou 5 octaves ;
- des lames de métal suspendues dans une caisse de résonance ;
- une pédale unique jouant sur les étouffoirs, leviers amovibles garnis de feutre et destiné à atténuer les sons.

© Schiedmayer Celesta GmbH, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Le célesta dans l’art
Bien que pauvre en harmonique, le célesta a le mérite de proposer un son d’une grande pureté. C’est pourquoi, s’il n’a pour ainsi dire jamais un rôle durable de soliste, cet instrument singulier est particulièrement apprécié des compositeurs, comme John Williams (auquel on doit le thème principal des films Harry Potter) pour donner des effets féériques ou oniriques à une œuvre musicale.
De même, il ne fallut pas attendre longtemps avant que le compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski ne confiât à cet instrument l’accompagnement de la Danse de la fée dragée dans son troisième ballet Casse-Noisette dès 1892.
En outre, on ne s’étonnera pas de voir cet instrument choisi pour de nombreuses interprétations de La Flûte Enchantée bien que l’instrument n’existât pas du vivant de Mozart. En fait, on préfère souvent confier au célesta les parties que le compositeur avait dévolues au glockenspiel.
Le célesta est aussi plébiscité par certains artistes de la culture populaire, on l’entend ainsi dans l’orchestration de l’enregistrement de référence de la chanson Douce France de Charles Trénet, ou encore dans celle du cinquième album, intitulé Vespertine, de la chanteuse islandaise Björk.
