Les doigtés ne sont pas chose aisée au piano. On ne sait jamais comment placer ses doigts, ses mains, quand tourner, quel doigt utiliser. Je vous propose ici deux articles connexes sur les bonnes et mauvaises pratiques essentielles pour le choix des doigtés sur le clavier.

Dans cet article, nous passerons en revue les bonnes pratiques essentielles (vous pouvez retrouver les mauvaises pratiques dans l’article Choisir les doigtés au piano : les mauvaises pratiques).
Je vous ai également préparé un manuel complet sur les doigtés au piano.
1. Utiliser tous ses doigts
C’est un des grands principes pour le choix des doigtés sur le clavier. Il faut que tous vos doigts soient sollicités, il ne faut pas faire de jaloux ;).
Cela signifie très simplement que, pour jouer un mouvement musical conjoint – c’est-à-dire des notes qui se suivent -, il vous faudra utiliser vos doigts dans l’ordre. Par exemple, pour jouer do-ré-mi-fa-sol à la main droite, vous utiliserez les doigtés suivants :
- Do : 1
- Ré : 2
- Mi : 3
- Fa : 4
- Sol : 5.
Pas question de passer du 2 au 4 directement, ou du 1 au 3 etc. Chaque doigt a son importance et avant d’enfoncer une touche, posez-vous la question suivante : « le doigt qui vient juste après sur ma main n’est-il pas bien placé pour jouer cette note ? » Par exemple, si vous venez de jouer une note avec le majeur dans une phrase musicale ascendante, demandez-vous si votre annulaire n’est pas le plus habilité pour jouer la note suivante avant de tordre vos doigts et votre main dans tous les sens.
2. Mettre un doigt sur chaque touche

Avant de bouger votre main, vos doigts, voire de quitter le clavier le temps de vous gratter le menton pour réfléchir, il y a une chose essentielle à faire. « Ramasser » vos doigts dans la position académique très arrondie. Cela vous permettra d’avoir un doigt sur chaque touche consécutive par exemple 1-2-3-4-5 sur do-ré-mi-fa-sol. Et vous pourrez voir si l’un de vos doigts n’est pas déjà positionné sur la note à venir.
C’est une astuce d’autant plus intéressante qu’elle vous donnera de bons réflexes pour la suite. Par exemple, lorsque vous devrez jouer des accords, vous mettrez naturellement des doigtés conformes à ce que font les pianistes puisque vous n’étirerez ni ne contorsionnerez votre main :).
3. Tourner après le pouce
L’importance du pouce dans les doigtés au piano
Le pouce est un doigt extrêmement important au piano, même si l’on a tendance à le laisser en-dehors du clavier lorsque l’on débute. C’est pour cela que les professeurs sont très embêtants et demandent sans cesse à leurs élèves de bien positionner leurs pouces sur le clavier. Pour que ces derniers soient prêts à agir lorsque l’on a besoin d’eux. Et vous allez voir que c’est le cas… très souvent !
Combien de fois mes élèves se retrouvent « coincés » avec leurs doigtés car ils n’envisagent pas de mettre le pouce sur la note à venir. Ils me disent
« C’est impossible d’atteindre cette note, elle est trop loin ! »
et tordent leur main dans tous les sens jusqu’à ce que je leur indique que le pouce est, lui, tout disposé à enfoncer la touche ;).
Le pouce est d’autant plus important dans les doigtés au piano que :
- Il est à l’extrémité de chacune de nos mains :
- Extrémité gauche pour la main droite
- Extrémité droite pour la main gauche.
- Il a beaucoup plus d’amplitude que les autres comme il est opposable : il peut donc bouger plus facilement et est plus souple, d’où son utilité !
Pouce et index : duo gagnant sur le clavier
Grâce à notre pouce opposable, nous avons une amplitude très grande entre le pouce et l’index. C’est ce qui en fait deux compagnons de la plus haute importance pour les doigtés. En effet, avec votre pouce et votre index, vous pouvez :
- Jouer des accords de deux notes, même si celles-ci sont éloignées (voir dans les pratiques à bannir que l’utilisation de deux autres doigts consécutifs pour des accords supérieurs à un intervalle harmonique d’une seconde – c’est-à-dire une touche – est à bannir)

- Aller chercher des notes éloignées dans des phrases musicales : on peut aller jusqu’à une quinte assez facilement – c’est-à-dire un intervalle de 5 touches, par exemple do-sol.

Que signifie « tourner après le pouce » ?
C’est très simple : « tourner après le pouce » signifie que, lorsque vous arrivez à l’extrémité de votre main pour enfoncer les notes de votre partition – en l’occurence lorsque vous arrivez au pouce – vous n’avez pas d’autre choix que de faire passer un doigt par-dessus votre pouce afin de « récupérer » de nouveaux doigts disponibles.
Votre pouce reste donc sur la note qu’il est en train de jouer et laisse passer au-dessus de sa tête un autre doigt (le majeur la plupart du temps) pour aller chercher une note à côté.
Cela va vous donner d’autres doigts disponibles pour continuer à jouer : le majeur, l’index et le pouce à nouveau la plupart du temps (voir la vidéo ci-dessus).

Attention, comme toujours, la symétrie peut prêter à confusion. On passe par-dessus le pouce :
- De droite à gauche pour la main droite
- De gauche à droite pour la main gauche.
À noter que l’on tourne par-dessus le pouce tout simplement parce que… il serait très compliqué de tourner par-dessous le pouce ! Essayez par vous-même si vous souhaitez vous forger une opinion sur le sujet ;).
Découvrez le manuel pratique sur les doigtés
Quand tourner après le pouce sur le clavier ?
Les exemple sont très nombreux et très intéressants car ils font partie d’exercices académiques que les pianistes apprennent dès leur plus jeune âge dans les conservatoires.
Dans un enchaînement de notes conjointes de type gamme
S’il y a un cas de figure que vous devez retenir, c’est celui-ci. Prenons l’exemple de la gamme descendante de do majeur pour la main droite : l’enchaînement de notes sera do-si-la-sol-fa-mi-ré-do. À noter que, par symétrie, les doigtés seront les mêmes pour la gamme ascendante de la main gauche.
Il y a huit notes à jouer avec une seule main donc, à moins d’être né près de Tchernobyl dans les années 1990, vous avez peu de chance d’avoir huit doigts à la main droite. Il va donc falloir composer avec le passage d’un doigt par-dessus le pouce.
Comme nous l’avons vu dans le 3e grand principe de l’article Comment choisir les doigtés au piano ?, il est crucial de toujours anticiper ce que l’on va devoir jouer pour bien choisir ses doigtés sur le clavier. Dans notre exemple, nous voyons que nous allons jouer des notes conjointes (= qui se suivent sur le clavier) et que le 1er do est notre note la plus aiguë. Il faut donc naturellement mettre le 5e doigt sur le 1er do.
En enchaînant ensuite les notes, on utilise tous les doigts de notre main droite jusqu’au pouce qui va jouer le fa (un doigt par touche, n’oubliez pas, il ne faut pas faire de jaloux ;)). Mais une fois arrivés au fa, c’est là que tout se joue car nous sommes « coincés ». Nous allons donc faire passer le majeur par-dessus le pouce comme vu plus haut et voilà que nous « récupérons » trois doigts supplémentaires pour finir notre gamme en beauté : le majeur, l’index et le pouce.
Au final, les doigtés pour cette gamme descendante de do majeur pour la main droite seront :
- Do : 5
- Si : 4
- La : 3
- Sol : 2
- Fa : 1
- Mi : 3
- Ré : 2
- Do : 1

De la même manière, les doigtés de la gamme ascendante de do majeur pour la main gauche seront :
- Do : 5
- Ré : 4
- Mi : 3
- Fa : 2
- Sol : 1
- La : 3
- Si : 2
- Do : 1

Dans des gammes sur plusieurs octaves
Cet exemple est très intéressant et découle logiquement de celui vu juste au-dessus. Il s’agit du même principe sauf que, au lieu de passer uniquement le majeur, on passera alternativement le majeur puis l’annulaire par-dessus le pouce afin de retomber sur nos doigts. Par symétrie, ces doigtés s’utilisent pour les gammes :
- Ascendante de la main gauche
- Descendante de la main droite.
Ce qui donnera concrètement :
- Pour la gamme descendante de do majeur de la main droite

- Pour la gamme ascendante de do majeur de la main gauche

À la fin d’une phrase musicale
Lorsque l’on se trouve à court de doigts à la fin d’une phrase musicale mais qu’il ne manque qu’une note à jouer, comment faire ? Si l’on se trouve au niveau du pouce, pas besoin de faire passer le majeur ni l’annulaire par-dessus. Cela nécessite une gymnastique qui serait inutile puisque nous n’avons besoin que d’un doigt encore. Alors pourquoi ne pas faire passer le doigt le plus proche du pouce par-dessus ce dernier ?
C’est ce que nous faisons au piano, notre index enjambe notre pouce pour atteindre la dernière note d’une phrase musicale ou même d’un morceau. Cela a un autre avantage que celui d’être un mouvement plus facile à faire : nous avons plus de force dans l’index que dans le majeur ou l’annulaire quand nous tournons par-dessus le pouce. La dernière note de notre phrase musicale sera donc plus assurée, plus ferme et nous serons plus sûrs de ne pas déraper au dernier moment.

Pour des arpèges sur plusieurs octaves
Les doigtés académiques des arpèges sont 5-3-2-1 pour les arpèges :
- Descendant de la main droite

- Ascendant de la main gauche

Pour jouer des arpèges sur plusieurs octaves, vous devrez passer le majeur par-dessus le pouce. Ce qui vous donnera les doigtés suivants :


4. Tourner après le majeur
Le majeur : le doigt central de notre main
Le 3e doigt est également très important puisqu’il est au centre de notre main. Il fait donc souvent office de pivot et est présent dans de nombreux exercices académiques que l’on voit dans les conservatoires et écoles de musiques : gammes, arpèges, accords etc.
Que signifie « tourner après le majeur »
C’est le même principe que pour le pouce avec quelques ajustements :
- On passe par-dessous le majeur (comme pour le pouce, n’hésitez pas à tester par vous-même pour vous faire une idée de la difficulté de passer par-dessus)
- Contrairement au pouce, il ne faut pas attendre d’être à court de doigts pour tourner, il faut donc anticiper et s’entraîner régulièrement sur des exercices types (gammes, arpèges, accords, livres d’exercices HANON, RIE…) afin que ces mouvements deviennent automatiques et que votre cerveau traduise immédiatement l’enchaînement de notes qu’il voit en doigtés adaptés
- C’est toujours le pouce qui passe par-dessous le majeur, aucun autre doigt n’étant habilité à le faire.
Quand tourner après le majeur ?
Dans un enchaînement de notes conjointes de type gamme
C’est le même principe que pour le passage du majeur et de l’annulaire par-dessus le pouce, vu plus haut. Sauf que l’on passera par-dessous le majeur dans la gamme :
- Descendante de la main gauche

- Ascendante de la main droite

Dans des gammes sur plusieurs octaves
Pour effectuer une gamme sur plusieurs octaves d’affilée, nous allons tourner d’abord après le majeur puis après l’annulaire. Il s’agit de la même logique que plus haut pour le passage par-dessus le pouce dans des gammes sur plusieurs octaves. Ces doigtés sont utilisés pour les gammes :
- Descendante de la main gauche

- Ascendante de la main droite

Pour des arpèges sur plusieurs octaves
Les doigtés académiques des arpèges sont 1-2-3-5 pour les arpèges :
- Descendant de la main gauche

- Ascendant de la main droite

Pour jouer des arpèges sur plusieurs octaves, vous devrez passer le pouce sous le majeur afin de vous « libérer » des doigts qui pourront continuer jusqu’à l’infini (ou jusqu’à l’extrémité de votre clavier ;)). Ce qui vous donnera les doigtés suivants :


Alors, maintenant que vous avez toutes les cartes en main, à vous de jouer 🙂 !
Si les doigtés vous intéressent, je vous invite à regarder d’autres articles sur le sujet :


Bonjour, article intéressant, merci. Je débute au piano, quels seraient svp les morceaux les plus adaptés pour moi ? Merci.
Bonjour Jean,
Merci pour votre message ! Voici quelques morceaux très vite gratifiants pour les débutants :
– Si vous êtes un très grand débutant (pas ou peu de connaissance en lecture de notes et de rythmes) : « L’Hymne à la joie » de Beethoven, certains arrangements simplifiés de musiques actuelles comme « Blowing In The Wind » de Bob Dylan ou « Lucie » de Pascal Obispo, les comptines et les hymnes/chants populaires (« La Marseillaise », « Joyeux anniversaire », « Petit Papa Noël » etc.)
– Si vous êtes un débutant novice au piano et en lecture de notes mais que vous arrivez déjà à déchiffrer à peu près de petites partitions : le Prélude en do majeur de J.-S. Bach, la première partie de la « Lettre à Elise » de Beethoven, « Au matin » et « Dans l’antre du roi de la montagne » d’Edvard Grieg sont de très bons morceaux pour progresser en s’amusant.
Bon courage dans votre apprentissage du piano !
Sarah
Bonjour , quand vous avez le chiffre ” 6 ” sur un doigté où allez vous chercher le doigt en question ?
Bonsoir Otto,
Il n’existe pas de doigté « 6 » au piano. Les doigts sont numérotés de 1 à 5 pour chaque main : 1 = pouce, 2 = index, 3 = majeur, 4 = annulaire et 5 = auriculaire.
Il s’agit peut-être d’une erreur de frappe sur la partition en question. N’hésitez pas à m’en dire plus, je me ferai un plaisir de vous aider plus précisément.
Sarah
Bonjour et merci pour cette description technique.
J’ai une question concernant le doigté pour la main droite des gammes dont l’armature comprend des bémols.
Prenons fa majeur, par exemple. Dans la gamme ascendante, poser le pouce de la main droite sur la touche de si bémol en tournant autour du majeur, comme vous dites, c’est franchement casse-cou. Surtout sur un clavier d’accordéon-piano dont les touches sont parfois plus étroites que celles d’un piano et où il y a donc encore moins de place pour poser le bout des doigts sur les demi-touches blanches.
Que me conseillez-vous?
1 – 2 – 3 – 4 – 1 – 2 – 3 – 1 – etc. (annulaire sur si bémol)?
Ou 1 – 2 – 3 – 4 – 1 – 2 – 3 – 4 – etc. (idem mais en repartant avec l’annulaire sur le fa)?
Ou bien malgré tout 1 – 2 – 3 – 1 – 2 – 3 – 4 – 1 – etc. en jouant les degrés non altérés entre les touches noires?
La situation est sensiblement la même pour passer de ré à mi b dans la gamme de si bémol majeur, de sol à la b dans celle de mi bémol, etc.
Merci d’avance.
Anne
Bonjour Anne et merci pour vos questions très intéressantes :).
En effet, les exemples que je prends dans cet article concernent la gamme de do majeur pour exposer avec plus de simplicité les grands principes du choix des doigtés. Car s’il faut en effet, pour la main droite, tourner sous le 3 ou le 4 en montant, ou par-dessus le pouce en descendant, cela ne veut pas dire qu’il faut démarrer chaque gamme avec le pouce, vous avez tout à fait raison.
Pour la gamme de fa majeur, je préconiserais comme doigtés : 1-2-3-4-1-2-3-4 sur une octave ou 1-2-3-4-1-2-3-1-etc. sur plusieurs octaves.
Pour la gamme de si bémol majeur : 2-1-2-3-1-2-3-4-1-2-3-1-etc.
Si cela vous intéresse, j’avais publié une vidéo présentant les doigtés de la main droite pour les gammes majeures avec et sans dièses à l’armure, cela pourrait vous montrer les différentes possibilités de doigtés dans les gammes : https://youtu.be/yPSJMPeiKko.
Je vous remercie et reste à votre disposition pour en discuter, bonne continuation en musique :),
Sarah
Un tout tout grand merci, Sarah!
Anne